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Gunnera perpensa, (feuille et rhyzome)

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     Gunnera perpensa L.
    1. Médecine
    Dans les pratiques médicales traditionnelles africaines (notamment en Afrique australe), Gunnera perpensa L. est reconnue comme une plante médicinale majeure à spectre d’action principalement gynécologique, obstétrique et systémique.
    Gynécologie et Obstétrique : Elle est cliniquement utilisée comme un puissant utérotonique. Elle sert à induire ou accélérer le travail lors de l'accouchement, à faciliter l'expulsion du placenta après la délivrance, et à tonifier l'utérus en post-partum. Elle traite également la dysménorrhée (règles douloureuses) et l'aménorrhée secondaire.
    Gastro-entérologie et Urologie : La plante agit comme un remède contre les ulcères gastriques, les coliques intestinales, les infections urinaires (cystites) et les troubles rénaux.
    Infectiologie et Dermatologie : Elle est appliquée comme agent cicatrisant, antibactérien et anti-inflammatoire sur les plaies infectées, les abcès et les ulcérations cutanées. Elle traite également les douleurs rhumatismales et les états fébriles.
    2. Études
    La recherche pharmacologique et biomédicale contemporaine a validé scientifiquement plusieurs des propriétés empiriques de Gunnera perpensa L. à travers des protocoles rigoureux :
    Activité utérotonique (Validation obstétrique) : Des études ex vivo (notamment menées par Kaido et al. et Khan et al.) sur des tissus utérins isolés de rats ont démontré que les extraits aqueux de rhizome déclenchent des contractions musculaires lisses utérines dose-dépendantes. Ce mécanisme est en partie lié à la stimulation des récepteurs de l'ocytocine et de l'acétylcholine, confirmant scientifiquement son usage traditionnel lors de l'accouchement.
    Activité antibactérienne et antifongique : Les extraits au méthanol et à l'eau ont révélé une inhibition significative contre des agents pathogènes humains, en particulier Staphylococcus aureus, Enterococcus faecalis, et Escherichia coli. Des essais mettent également en évidence une action contre les champignons comme Candida albicans.
    Propriétés anti-inflammatoires et analgésiques : Les modèles in vivo (tests de l'œdème de la patte induit par la carraghénane) confirment que la plante réduit significativement l'inflammation et la douleur en inhibant la synthèse des prostaglandines (action similaire aux anti-inflammatoires non stéroïdiens).
    Effet cytoprotecteur et anti-ulcéreux : Les extraits de rhizome ont démontré une capacité à protéger la muqueuse gastrique contre les lésions induites par l'éthanol, en augmentant la sécrétion de mucus protecteur et en agissant comme antioxydant.
    3. Composition
    L’analyse phytochimique fine des différents organes de Gunnera perpensa L. met en évidence une grande diversité de métabolites secondaires :
    Alcaloïdes et Flavonoïdes : Présence de dérivés flavonoïques (dont le kaempférol et la quercétine), reconnus pour leurs fortes propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires.
    Tannins et Polyphénols : Très forte concentration en tannins (condensés et hydrolysables), particulièrement dans le rhizome. Ils confèrent à la plante ses vertus astringentes, hémostatiques (arrêt des saignements) et cicatrisantes.
    Composés phénoliques spécifiques : Isolement de la gunnerine (un alcaloïde) et d'acides phénoliques majeurs comme l'acide p-hydroxybenzoïque, l'acide férulique, l'acide caféique et l'acide lactique.
    Proanthocyanidines : Molécules participant à la protection vasculaire et à la réduction des processus inflammatoires tissulaires.
    Absence de saponines majeures : Contrairement à d'autres plantes utérotoniques, son action n'est pas dictée par des saponosides, limitant ainsi une certaine toxicité systémique.
    4. Botanique
    Nom latin complet : Gunnera perpensa L.
    Classification : Ordre des Gunnerales, Famille des Gunneraceae (Unique genre de la famille : Gunnera).
    Morphologie : C’est une plante herbacée vivace, géophyte et touffue, pouvant atteindre 1 mètre de hauteur. Elle est caractérisée par un rhizome rampant, massif, épais (jusqu'à 5 cm de diamètre), charnu, affichant une couleur rose à rouge vif à l'intérieur à cause de la concentration en pigments et tannins.
    Feuillage : Les feuilles sont érigées sur de longs pétioles robustes et velus (15 à 60 cm). Le limbe est réniforme (en forme de rein) ou suborbiculaire, mesurant de 12 à 30 cm de large. Les bords sont régulièrement dentés, et la surface est texturée, rugueuse, avec des nervures proéminentes sur la face inférieure.
    Inflorescence : Elle produit un long épi vertical (une panicule spéciforme) plus long que les feuilles, pouvant mesurer jusqu'à 1 mètre.
    Fleurs : Les fleurs sont petites, nombreuses, unisexuées ou hermaphrodites, de couleur verdâtre à rougeâtre, dépourvues de pétales visibles.
    Particularité biologique : À l'instar des autres espèces du genre, Gunnera perpensa L. vit en symbiose obligatoire avec des cyanobactéries fixatrices d'azote du genre Nostoc, logées dans des glandes spécialisées à la base des pétioles, ce qui lui permet de coloniser des sols très pauvres.
    5. Partie de plante utilisée et façon de la préparer
    Parties utilisées : Le rhizome (tige souterraine) est la partie médicinale prépondérante et la plus concentrée. Les feuilles et les pétioles sont employés plus rarement.
    Méthodes de transformation et préparation :
    La Décoction aqueuse (Usage interne majeur) : Le rhizome frais est déterré, soigneusement lavé pour ôter la boue, puis pelé. Il est ensuite découpé en tranches ou pilé dans un mortier. Ces morceaux sont bouillis dans de l'eau pendant $20$ à $30$ minutes. Le liquide obtenu, de couleur rose à brune, est filtré et bu tiède.
    L'Infusion lactée : Dans certaines pratiques obstétriques, le rhizome pilé est infusé directement dans du lait chaud plutôt que dans de l'eau, une méthode destinée à adoucir l'astringence et à faciliter l'ingestion par les femmes enceintes.
    La Poudre sèche (Usage interne/externe) : Le rhizome est séché à l'ombre puis broyé en une fine poudre. Cette poudre peut être conservée dans des récipients étanches. Elle est ingérée mélangée à de la bouillie de céréales, ou appliquée directement en cataplasme topique sur les blessures, les ulcères ou mélangée à de la graisse animale pour former un onguent cutané.
    L'Extraction de suc frais : Les pétioles pressés fournissent un suc frais utilisé en gouttes auriculaires ou en application oculaire légère.
    6. Usages par ethnie
    Noms vernaculaires
    Afrique du Sud (Ethnie Zoulou) : Ugobo, Isigobo.
    Afrique du Sud (Ethnie Xhosa) : Ipuzi, Iphuzi leloambo.
    Lesotho (Ethnie Sotho) : Qobo.
    Afrique du Sud (Afrikaners / Néerlandais) : Rivierpampoen (signifiant "citrouille de rivière", en référence à la forme de ses feuilles).
    Monde anglophone : Wild rhubarb (Rhubarbe sauvage), River pumpkin.
    Origine et Distribution actuelle
    Originaire des régions tempérées et tropicales d'Afrique orientale et australe. Sa distribution mondiale actuelle se concentre principalement en Afrique du Sud (provinces du Cap, du KwaZulu-Natal, du Gauteng, du Mpumalanga), au Lesotho, au Swaziland, au Zimbabwe, au Mozambique, ainsi que dans les zones montagneuses d'Afrique de l'Est (Kenya, Tanzanie, Éthiopie, Ouganda) et à Madagascar. Elle pousse exclusivement dans les zones humides : marécages, bords de cours d'eau, prairies inondables et suintements rocheux.
    Ethnobaotanique et Ethnopharmacologie par régions
    Chez l'ethnie Zoulou (KwaZulu-Natal, Afrique du Sud) : Le rhizome d'Ugobo est la plante de référence de la pharmacopée des accoucheuses traditionnelles (Izangoma et Inyanga). L'ethnopharmacologie zouloue prépare une décoction spécifique du rhizome administrée dès le troisième trimestre de grossesse pour assurer le bon développement de l'utérus, puis en doses massives le jour de l'accouchement pour résoudre l'inertie utérine.
    Chez l'ethnie Xhosa (Cap-Oriental, Afrique du Sud) : Le rhizome d'Ipuzi est employé pour traiter l'infertilité masculine et féminine. Les guérisseurs préparent une pâte de rhizome pilé mélangée à des racines de Typha capensispour purifier le sang et réguler le système reproducteur.
    Chez l'ethnie Sotho (Lesotho) : En raison du climat montagneux et froid, l'ethnobotanique locale utilise le Qobonon seulement pour les accouchements, mais aussi en décoction chaude contre les refroidissements, les bronchites et comme tonique général pour les ovins et caprins de l'élevage pastoral (médecine ethnovétérinaire).
    À Madagascar (Régions des Hautes Terres) : Les populations locales utilisent les feuilles de Gunnera en décoction pour traiter les troubles urinaires et les coliques néphrétiques, exploitant le pouvoir diurétique de la plante.
    7. Traditions par régions
    En Afrique australe (Tradition de la Maternité) : Il existe une tradition trans-ethnique voulant que la jeune mère consomme la décoction de la plante durant les deux semaines suivant l'accouchement. Cette pratique traditionnelle vise à "nettoyer le sang ancien" resté dans l'utérus et à accélérer le retour de l'organe à sa taille normale (involution utérine).
    Au Lesotho (Tradition Pastorale) : Les bergers sotho utilisent traditionnellement les grandes feuilles de Qobocomme chapeaux ou protections naturelles contre le soleil et la pluie lors de la garde des troupeaux dans les zones humides d'altitude. Les tiges florales tendres étaient parfois consommées comme source d'eau et d'aliments de survie en montagne.
    8. Rituels et spiritualité
    Rituels de protection zoulous et xhosas (Afrique du Sud) : Au-delà de ses vertus biochimiques, Gunnera perpensa L. possède une forte charge spirituelle. Le rhizome d'Ugobo est utilisé dans les rituels d'Ukuphalaza(vomissements rituels de purification). Les initiés et les patients boivent une infusion froide et moussante de la plante pour expulser physiquement et spirituellement le Isithunzi esimnyama (l'aura sombre ou l'énergie négative) causé par la sorcellerie ou la colère des ancêtres.
    Protection de la petite enfance : Le rhizome est intégré dans des rituels de douchage ou de bains rituels pour les nouveau-nés. On baigne l'enfant dans une eau parfumée infusée à la racine de Gunnera pour éloigner les mauvais esprits, stabiliser son ancrage spirituel à la terre et lui assurer une croissance robuste, à l'image de la plante qui résiste aux courants des rivières.
    Rituels de fertilité : Dans le cadre de rituels sacrés visant à lever les blocages de l'infertilité (considérée traditionnellement comme une déconnexion avec les esprits du clan), le couple doit consommer ensemble une préparation rituelle à base de rhizome, sanctifiée au préalable par un rituel d'appel aux ancêtres au bord de la rivière où la plante a été cueillie.
    9. Histoire
    Mythologies et Origines traditionnelles
    Dans la cosmogonie et les récits mythologiques des peuples de langue bantoue d'Afrique australe, les rivières et les sources d'eau sont les demeures des esprits de l'eau et des ancêtres primordiaux (comme la figure mythique de la nymphe de l'eau ou du serpent cosmique). Gunnera perpensa L., poussant les pieds dans l'eau, est mythologiquement considérée comme une "plante-frontière", un don direct des esprits des eaux pour préserver le mystère de la vie et de la naissance. Sa sève et son rhizome rouge vif sont symboliquement associés au sang de la vie et de la fertilité dans les contes anciens.
    Chronologie des botanistes et ouvrages de référence
    L'entrée de cette plante africaine dans la science occidentale s'est faite par l'intermédiaire des premiers grands classificateurs :
    Carl von Linné (1707-1778) : Le célèbre botaniste suédois décrit officiellement la plante et lui attribue son nom binomial valide, Gunnera perpensa, dans son ouvrage fondateur "Species Plantarum" (1753). Le nom de genre Gunnera rend hommage au botaniste et évêque norvégien Ernst Gunnerus, tandis que l'épithète perpensa fait référence à une plante mentionnée par l'encyclopédiste romain Pline l'Ancien (la perpença), bien qu'il s'agissait historiquement d'une autre espèce européenne (probablement un tussilage), Linné ayant réutilisé le nom par analogie de forme de feuille.
    William Henry Harvey (1811-1866) et Otto Wilhelm Sonder (1812-1881) : Botanistes européens qui décrivent minutieusement l'écologie et la morphologie de la plante dans l'œuvre monumentale de la flore sud-africaine, la "Flora Capensis" (Vol. 2, 1862).
    Rudolf Marloth (1855-1931) : Botaniste et chimiste sud-africain d'origine allemande, il étudie la plante dans son ouvrage de référence "The Flora of South Africa" (1913-1932), en documentant pour la première fois de manière scientifique ses usages ethnopharmacologiques auprès des populations locales.
    Intégration dans les Pharmacopées officielles au XIXe siècle
    Au cours du XIXe siècle, la colonisation britannique et de la république boer amène les médecins occidentaux à s'intéresser aux remèdes locaux.
    La plante est enregistrée et analysée dans les suppléments de la Pharmacopée de la Colonie du Cap (Cape Pharmacopoeia) à la fin du XIXe siècle comme un substitut local efficace aux utérotoniques européens (comme l'ergot de seigle).
    Andrew Smith de St Cyrus publie en 1888 l'ouvrage "Contribution to South African Materia Medica", où Gunnera perpensa L. occupe une place centrale parmi les remèdes documentés pour les coliques et les complications de l'accouchement.
    Noms de produits commerciaux au XIXe siècle
    Au XIXe siècle, bien que la plante soit restée principalement un remède d'herboristerie fraîche, certaines pharmacies coloniales de la ville du Cap et de Port Elizabeth ont développé des préparations standardisées à destination des colons :
    En Afrique du Sud (Colonie du Cap) :
    "Extractum Gunnerae Liquidum" : Un extrait fluide de rhizome de Gunnera, vendu en flacon de verre ambré dans les officines apothicaires pour calmer les dysménorrhées et réguler les fonctions utérines des femmes colons.
    "Marloth’s River Pumpkin Tincture" : Une teinture mère alcoolique de Rivierpampoen, prescrite par des médecins coloniaux comme tonique de l'estomac et remède contre les ulcères gastriques chroniques.
    Au Royaume-Uni :
    Des échantillons de rhizomes séchés ont été importés à Londres sous l'appellation commerciale de "South African Wild Rhubarb Root" par des grossistes en droguerie végétale, vendus pour la fabrication artisanale de pilules astringentes gastro-intestinales.

    Category: plantes tropicales

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