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Cervi elephus, velours de bois de Cerf

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    Cervi elephus Linnaeus 1758, velours de bois de Cerf

    Usages traditionnels du velours de bois de Cerf (Cervus elaphus / Cervus nippon) : étude ethnopharmacologique et historique
    Résumé
    Le velours de bois de cerf — désigné sous le nom de Lu Rong (鹿茸) dans la tradition sinophone et Deer Velvet Antler dans la littérature internationale — constitue l'une des matières médicales d'origine animale les plus réputées des pharmacopées traditionnelles d'Asie orientale. Obtenu par prélèvement du tissu cartilagineux précocement vascularisé chez Cervus elaphus Linnaeus ou Cervus nippon Temminck avant sa calcification complète, il est classé comme un tonique majeur du Yang et du Jing. Cet article examine les fondements historiques, la préparation galénique traditionnelle et les applications ethnopharmacologiques comparées du velours de cerf à travers les différentes traditions médicales asiatiques.

    1. Origine, taxonomie et terminologie
    La matière médicale connue sous l'appellation Cornu Cervi Pantotrichum provient de deux espèces principales de cervidés :

    Cervus elaphus Linnaeus, 1758 (Cerf élaphe, ou cerf rouge) : prélevé principalement en Asie centrale, en Sibérie (Cervus elaphus sibiricus) et en Chine du Nord-Ouest.

    Cervus nippon Temminck, 1838 (Cerf Sika) : originaire d'Asie de l'Est (Chine, Corée, Japon), considéré dans certains textes classiques comme la source de qualité supérieure.

    Dans la nosologie traditionnelle, une distinction nette est opérée entre :

    Lu Rong (鹿茸) : Le bois en phase de croissance, souple, richement vascularisé et innervé, recouvert d'un pilaire fin.

    Lu Jiao (鹿角) : Le bois entièrement ossifié et calcifié, tombé naturellement, dont les propriétés pharmacologiques sont jugées beaucoup plus faibles et aux indications distinctes.

    2. Le velours de cerf dans la Médecine Traditionnelle Chinoise (MTC)
    A. Ancrage historique et textes fondateurs
    L'usage médical du bois de cerf est documenté depuis plus de deux millénaires. Il apparaît sur les soies divinatoires du tombeau de Mawangdui (IIᵉ siècle av. J.-C.) et se voit attribué sa première fiche systématique dans le Shennong Bencao Jing (神農本草經), l'ouvrage fondateur de la pharmacopée chinoise (écrit entre le Iᵉʳ siècle av. J.-C. et le IIᵉ siècle apr. J.-C.).

    Classement classique : Rangé parmi les substances de « catégorie supérieure » (Shang Pin), c'est-à-dire non toxiques en usage prolongé et destinées à préserver la vitalité.

    Propriétés énergétiques (Qi Wei) :

    Saveurs : Douce (Gan) et Salée (Xian).

    Nature : Tiède (Wen).

    Méridiens de destination (Gui Jing) : Reins (Shen) et Foie (Gan).

       B. Indications thérapeutiques traditionnelles
    Selon la médecine chinoise, le velours de cerf intervient dans quatre grands cadres nosologiques :

    Vide de Yang du Rein (Shen Yang Xu) :

    Traitement de l'impuissance, de l'éjaculation précoce, de la stérilité masculine ou féminine.

    Prise en charge de la baisse de libido, de la froideur des extrémités et de la fatigue chronique marquée par une intolérance au froid.

    Épuisement de l'Essence (Jing) et du Sang (Xue) :

    Utilisé en cas de retard de croissance chez l'enfant (retard de fermeture des fontanelles, faiblesse osseuse).

    Prévention et accompagnement du déclin cognitif, des vertiges, des acouphènes et de la faiblesse des genoux et de la région lombaire chez le sujet âgé.

    Carence des Vaisseaux Extraordinaires (Chong Mai et Ren Mai) :

    Indiqué dans les troubles gynécologiques : aménorrhée, métrorragies chroniques de type Froid, leucorrhées profuses et claires.

    Cicatrisation et ulcères chroniques (Yin Ju) :

    Appliqué pour stimuler la régénération tissulaire en cas de plaies à cicatrisation lente ou d'abcès « froids » résistant aux traitements.

    3. Formes de préparation et galénique traditionnelle
    En pharmacopée asiatique, le velours de cerf brut subit un traitement physique méticuleux (Pao Zhi) destiné à éliminer les risques microbiens et à optimiser la conservation des principes actifs :

    Lavage et Épilage : Immersion rapide dans l'eau bouillante ou alcoolisation suivie d'un grattage du duvet externe.

    Séchage et Découpe : Le velours est séché à faible température puis découpé en fines rondelles translucides.

    Formes d'administration :

    Decoction (Tang Ji) : Rarement bouilli directement avec d'autres plantes pour éviter la dénaturation de ses constituants ; la poudre est souvent ajoutée au liquide filtré chaud.

    Poudre (San Ji) : Ingéré directement sous forme de gélules ou de pilules de miel (Wan Ji).

    Teinture mère ou Alcoolat (Yao Jiu) : Maceration prolongée des tranches de velours dans des alcools forts de riz, souvent associée au Ginseng (Panax ginseng) ou au Cordyceps (Ophiocordyceps sinensis).

    4. Usages comparés dans d'autres pharmacopées asiatiques
    Pharmacopée Coréenne (Hanbang) :
En Corée, où le livre Dongui Bogam (1613) fait référence, le velours de cerf (Nokyong) est encore plus largement prescrit qu'en Chine. Il constitue l'un des ingrédients phares des toniques pédiatriques destinés à stimuler la croissance physique et immunitaire des enfants, ainsi qu'un remède majeur de la convalescence post-partum.

    Médecine Kampo (Japon) :
Introduit au Japon via la Chine, le Rokujo est intégré dans plusieurs formulations officielles (ex. Rokujo-daigaku-wan), principalement indiquées pour soutenir la vitalité des personnes âgées et traiter le déclin fonctionnel lié au vieillissement.

    Médecine Traditionnelle Russe et Sibérienne :
Les populations indigènes de Sibérie (Altai) utilisaient la décoration de bois de maral (Cervus elaphus sibiricus). Au XXᵉ siècle, la pharmacopée soviétique a formalisé cet usage par le développement du Pantocrin (ou Pantokrin), un extrait alcoolique officiel prescrit comme adaptogène et fortifiant pour les athlètes et les cosmonautes.

    Conclusion
    L'usage traditionnel du velours de Cervus elaphus repose sur un modèle  vieux de deux millénaires centré sur la préservation du Jing et du Yang. Bien que ces concepts soient décrits dans  la médecine énergétique asiatique, la recherche contemporaine a depuis mis en évidence la présence de peptides régulateurs, de facteurs de croissance (IGF-1) et de glycosaminoglycanes qui éclairent la rationalité de ces pratiques empiriques séculaires.

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